Exposition
Au prisme de la sculpture et de l’installation, Zoë Grant s’intéresse à la manière dont nos environnements domestiques façonnent la perception de soi. À partir du détournement de matériaux et formes issus de l’aménagement intérieur, elle met en évidence la façon dont la décoration participe à la marchandisation de l’identité. L’artiste construit des structures en mélaminé, verre ou bois reconstitué : des volumes creux, semblables à des vaisseaux évidés ou à des fantômes de meubles. En reprenant les dimensions standardisées de plans de travail ou d’éléments de série, elle explore comment une légère rupture — un décalage, une translation, une forme en manque — peut perturber notre rapport aux objets qui nous entourent. Ce travail cherche à renverser les hiérarchies matérielles, entre ce que l’on nomme « pauvre » ou « noble », utile ou décoratif, visible ou relégué. Ses installations n’offrent pas de réponse résolue; elles ouvrent des espaces de doute, de glissement, où les objets familiers deviennent les témoins fragiles de nos projections et de nos désirs.
Le travail de Ruimin Ma part du constat selon lequel nous regardons le monde à travers des écrans. À partir de peinture, de sculpture et de dispositifs, elle explore la manière dont ces images fabriquent notre perception. Téléphones, interfaces, images compressées ou fragments numériques deviennent des matériaux à part entière. En les intégrant dans des objets physiques, elle crée des situations où réel et virtuel se superposent sans jamais coïncider. Ses œuvres mettent en tension des gestes humains.
Peindre, toucher, regarder avec des systèmes techniques qui organisent déjà notre manière de voir. L’humour y joue un rôle central : il agit comme un décalage, une manière de résister aux logiques lisses et efficaces des images contemporaines.
Malentendante de naissance en raison d’un gène héréditaire maternel, Fleur Mautuit explore dans son travail la dualité de l’expérience collective face à la singularité de sa perception. Réceptive aux situations inconfortables communes vécues par les femmes de sa famille, elle inscrit au cœur de ses productions l’héritage singulier de ce handicap qui traverse les générations. Dans une démarche de transmission et de partage individuel, elle révèle les liens invisibles qui forgent une sororité intergénérationnelle, tout en affirmant sa position d’artiste engagée.
Ses créations, numériques et imprimées, s’imprègnent de ses expériences personnelles et placent le public au cœur du processus. Considéré comme un acteur essentiel, celui-ci est invité à participer au dialogue sensible. L’artiste désacralise les tabous qui auréolent les regards extérieurs et invite à une découverte légère et bienveillante. Éditions, vidéos, sons… tout médium s’incarne comme surface d’échanges propice au prolongement de ses idées et de ses émotions.
Avec une pratique d’installation qui rassemble différentes techniques liées au mode de production et de diffusion des images, les recherches de Nino Spanu s’articulent autour des notions d’impermanence, de trace et d’identité, tout en questionnant une matérialité des souvenirs.
Son travail met en évidence les intersections de l’identité individuelle, de l’intime et du personnel, avec les diverses matrices – bureaucratiques, économiques, technologiques, environnementales – qui dictent notre réalité partagée et notre manière de percevoir le monde. Construites notamment à partir de ses archives personnelles, ses enquêtes sur la nature de l’identité – quand et par quels moyens se forge-t- elle ? – dévoilent une recherche primordiale de ce qui manque, un autre absent, une impression floue d’une présence lointaine.
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