• 40mcube
    • 2026
    • Fortuit Fortune. Zoë Grant, Ruimin Ma, Fleur Mautuit, Nino Spanu

    • Exposition
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    • 17.04.26 → 29.04.26
      Exposition
      40mcube
    • « FORTUIT Quatre artistes, sélectionné·es pour suivre la formation professionnelle certifiante GENERATOR portée par le centre d’art 40mcube, se rencontrent à Rennes, en octobre 2025. Leurs recherches respectives portent sur les modes d’existence des images dans la construction de l’identité (Nino Spanu), les échanges sociaux non-verbaux (Fleur Mautuit), la manière dont les écrans fabriquent notre perception du monde (Ruimin Ma), les projections affectives dans l’environnement bâti (Zoë Grant).
      FORTUNE Quatre artistes partagent, pendant sept mois, des temps de formation, de rencontres et des regards croisés sur leurs pratiques respectives. Un arrêt sur image de leurs projets est montré à 40mcube. »

      Au prisme de la sculpture et de l’installation, Zoë Grant s’intéresse à la manière dont nos environnements domestiques façonnent la perception de soi. À partir du détournement de matériaux et formes issus de l’aménagement intérieur, elle met en évidence la façon dont la décoration participe à la marchandisation de l’identité. L’artiste construit des structures en mélaminé, verre ou bois reconstitué : des volumes creux, semblables à des vaisseaux évidés ou à des fantômes de meubles. En reprenant les dimensions standardisées de plans de travail ou d’éléments de série, elle explore comment une légère rupture — un décalage, une translation, une forme en manque — peut perturber notre rapport aux objets qui nous entourent. Ce travail cherche à renverser les hiérarchies matérielles, entre ce que l’on nomme « pauvre » ou « noble », utile ou décoratif, visible ou relégué. Ses installations n’offrent pas de réponse résolue; elles ouvrent des espaces de doute, de glissement, où les objets familiers deviennent les témoins fragiles de nos projections et de nos désirs.

      Le travail de Ruimin Ma part du constat selon lequel nous regardons le monde à travers des écrans. À partir de peinture, de sculpture et de dispositifs, elle explore la manière dont ces images fabriquent notre perception. Téléphones, interfaces, images compressées ou fragments numériques deviennent des matériaux à part entière. En les intégrant dans des objets physiques, elle crée des situations où réel et virtuel se superposent sans jamais coïncider. Ses œuvres mettent en tension des gestes humains.

      Peindre, toucher, regarder avec des systèmes techniques qui organisent déjà notre manière de voir. L’humour y joue un rôle central : il agit comme un décalage, une manière de résister aux logiques lisses et efficaces des images contemporaines.

      Malentendante de naissance en raison d’un gène héréditaire maternel, Fleur Mautuit explore dans son travail la dualité de l’expérience collective face à la singularité de sa perception. Réceptive aux situations inconfortables communes vécues par les femmes de sa famille, elle inscrit au cœur de ses productions l’héritage singulier de ce handicap qui traverse les générations. Dans une démarche de transmission et de partage individuel, elle révèle les liens invisibles qui forgent une sororité intergénérationnelle, tout en affirmant sa position d’artiste engagée.

      Ses créations, numériques et imprimées, s’imprègnent de ses expériences personnelles et placent le public au cœur du processus. Considéré comme un acteur essentiel, celui-ci est invité à participer au dialogue sensible. L’artiste désacralise les tabous qui auréolent les regards extérieurs et invite à une découverte légère et bienveillante. Éditions, vidéos, sons… tout médium s’incarne comme surface d’échanges propice au prolongement de ses idées et de ses émotions.

      Avec une pratique d’installation qui rassemble différentes techniques liées au mode de production et de diffusion des images, les recherches de Nino Spanu s’articulent autour des notions d’impermanence, de trace et d’identité, tout en questionnant une matérialité des souvenirs.

      Son travail met en évidence les intersections de l’identité individuelle, de l’intime et du personnel, avec les diverses matrices – bureaucratiques, économiques, technologiques, environnementales – qui dictent notre réalité partagée et notre manière de percevoir le monde. Construites notamment à partir de ses archives personnelles, ses enquêtes sur la nature de l’identité – quand et par quels moyens se forge-t- elle ? – dévoilent une recherche primordiale de ce qui manque, un autre absent, une impression floue d’une présence lointaine.

    • 40mcube
    • 2026
    • Les voix. Mathieu Kleyebe Abonnenc, Arthur Gillet, Anna Holveck, Marianne Mispelaëre

    • Exposition
    • https://www.artcontemporainbretagne.org/wp-content/uploads/01_40mcube_les_voix_visuel_1.jpg
    • 31.01.26 → 11.04.26
      Exposition
      40mcube
    • Les artistes Mathieu Kleyebe Abonnenc, Arthur Gillet, Anna Holveck, et Marianne Mispelaëre entretiennent chacun·e à leur manière un rapport spécifique et personnel à la langue, au langage, à la voix, à la parole, au silence, à l’écoute, qu’ielles traitent comme autant d’éléments politiques, sociaux et éthiques.

      Permettre la parole, donner de la voix, rendre visibles celleux que l’on n’entend pas sont autant d’actions qu’ielles mettent en œuvre dans leur pratique artistique, proposant une forme de traduction par l’art.

      Le travail de Mathieu Kleyebe Abonnenc, plasticien, chercheur, éditeur, originaire de Guyane dite française, s’inspire de l’œuvre et de la vision écologique et décoloniale de l’auteur guyanien Wilson Harris (1).

      Le film Limbé (2), présenté dans l’exposition Les voix, reprend le titre d’un poème de Léon-Gontran Damas, poète guyanais créateur du mouvement de la négritude (3). Limbé est aussi une expression créole, performative, qui permet d’activer les limbes par le langage. Mathieu Kleyebe Abonnenc tente de donner une forme à cet état avec la performance filmée et silencieuse de la danseuse et chorégraphe Betty Tchomanga avec laquelle il collabore régulièrement. Il y évoque la grande tristesse et la profonde mélancolie liée à la mort de sa propre sœur, tout en faisant écho aux réflexions de Wilson Harris sur la danse Limbo. Celle-ci serait une manière d’évoquer, par ses contorsions, les gestes que les esclaves ont inventés pour survivre à la traversée de l’Atlantique à bord des bateaux négriers.

      Artiste plasticienne et chanteuse, Anna Holveck explore, à travers les médiums de la vidéo, de la performance et de la composition, les lieux de la voix dans le corps, l’espace et l’image. Elle crée des situations d’écoute immersives se situant à une frontière confuse entre oreille et bouche. Leur procédé, qui se révèle progressivement, implique autant cellui qui produit le son que cellui qui le perçoit.

      Pour le vernissage de l’exposition Les voix, Anna Holveck réitère la performance Singin’ in (4) dans laquelle les voix de deux chanteuses lyriques troublent l’identification des sources et provoquent une confusion diégétique. L’installation vidéo et sonore À voix off (5) met en scène une femme aux lèvres immobiles décrite par une voix narrative composée d’un cut up de voix off parlant de femmes ou s’adressant à elles, extraites d’une sélection de films du cinéma hollywoodien des années 1950 (6).

      Dans ces deux pièces, les effets de synchronisation se jouent en miroir des liens qui unissent le corps à la voix et le son à l’espace. L’artiste identifie ces distorsions perceptives comme des lieux d’émancipation du corps et de l’écoute.

 Marianne Mispelaëre s’intéresse depuis 2017 aux modes de communication alternatifs, corporels, invisibles, discrets, etc., « là où le récit existe alors que les mots semblent inadaptés ». Avec La Marseillaise, œuvre initiée dans le cadre d’une commande Nouveaux commanditaires menée entre 2019 et 2022 avec le collège du Vieux Port de Marseille et thankyouforcoming (7) en tant que structure médiatrice, elle met au point avec So-Hyun Bae et Federico Parra Barrios, graphistes et dessinateur·rices de caractères, une typographie permettant d’écrire en français avec tous les alphabets des langues parlées par les collégien·nes. Chacun des trente-huit phonèmes de la langue française est matérialisé par un signe de l’une des langues parlées par les élèves de l’établissement, capable de produire également ce son. Pour ce faire, il faut être plusieurs locuteur·rices de différentes langues pour lire cette typographie chorale, chacun·e apportant ses connaissances pour la prononciation des signes. Ainsi la langue française devient une hôtesse, capable d’accueillir, d’articuler ensemble et de faire coexister des langues présentes sur son territoire.

      Arthur Gillet présente dans l’exposition Les voix une œuvre issue de la partie la plus autobiographique de son travail. Il a mené en 2025 à Rennes avec le centre d’art contemporain 40mcube une résidence avec différents publics sourds et CODA (Child Of Deaf Adults – enfants d’adultes sourds) par le biais de ses connaissances dans la communauté des personnes sourdes (car il a grandi à Rennes et sa famille y vit), mais aussi de plusieurs associations et d’établissements scolaires accueillant et travaillant avec ces publics.

      La fresque de peinture sur soie de 23 mètres intitulée Tout ce dont vous n’avez jamais entendu parler (8) retrace dans un style pictural proche des primitifs italiens, et notamment de Cristoforo de Predis, peintre sourd du XVe siècle, l’histoire des communautés de personnes en situation de handicap auditif.

      Ainsi l’exposition qui réunit les œuvres et les voix de Mathieu Kleyebe Abonnenc, Arthur Gillet, Anna Holveck, et Marianne Mispelaëre est une polyphonie. Elle permet de tendre l’oreille, d’aiguiser l’attention, de voir le silence, de donner formes au langage, d’éclaircir ou de brouiller les voix. Elle appelle à respecter chacune d’entre elles – et toutes les autres.

      (1) 1921-2018.
      (2) Mathieu Kleyebe Abonnenc, Limbé, 2021, film 16 mm muet transféré, 9’55 ».
      (3) Avec Aimé Césaire, Léopold Sédard-Senghor et Paulette et Jeanne Nardal.
      (4) Anna Holveck, Singin’in, 2022, performance, 10′. Production : IAC Villeubanne.
      (5) Anna Holveck, À voix off, 2024, 12’. Production : Fondation des Artistes, Cnap, IAC Villeurbanne, Théâtre de Privat, Compagnie Anidar.
      (6) It’s a Wonderful Life,1947, Franck Capra ; Letter from an Unknown Woman, 1948, Max Ophüls ; The Naked City, 1948, Jules Dassin ; A Letter to Three Wives, 1949, All about Eve, 1950, The Barefoot Contessa, 1954, Joseph L. Mankiewicz ; Seven Year Itch, 1955, Billy Wilder.
      (7) Marianne Mispelaëre, La Marseillaise, 2020-2023, réalisée dans le cadre de l’action Nouveaux commanditaires soutenue par la Fondation de France. Médiation et production : thankyouforcoming – Claire Migraine.
      (8) Arthur Gillet, Tout ce dont vous n’avez jamais entendu parler, 2024. Production : Institut Français de Berlin.