• Documents d’Artistes Bretagne – ddabretagne.org
    • 2022
    • Les forces heureuses – Céline Le Guillou

    • Exposition
    • 17.06.22 → 17.09.22
      Exposition
      Documents d’Artistes Bretagne – ddabretagne.org
    • Céline Le Guillou (France, 1994) a pris part aux « Chantiers-résidence » pendant 3 mois, initiative portée par le centre d’art et Documents d’Artistes Bretagne. Le programme de résidence accueille chaque année deux artistes qui vivent en Bretagne ou sont diplômé.e.s d’une école de la région. Elaborée en étroite collaboration avec l’atelier de céramique de l’EESAB – site de Brest (Ecole Européenne Supérieure d’Art de Bretagne), l’exposition « Les forces heureuses » est le fruit du travail et des recherches menés par Céline Le Guillou pendant sa période brestoise.
      L’artiste s’est engagée dans une observation quasi-scientifique du corps et de l’organique, tout en demeurant dans le champ de la poésie. Elle a, par le passé, développé un corpus de peintures puis de sculptures et choisit d’augmenter ses compétences en céramique en étudiant récemment à l’Institut Européen des Arts Céramiques en Alsace. Forte de ce nouveau savoir-faire, elle a désiré élaborer son exposition autour d’une série de nouvelles sculptures, cuites à Brest. Elle a cherché à s’approprier l’espace en construisant un « dessin » en trois dimensions. Des formes molles, de textures différentes, se déploient sur un mobilier imaginé spécialement par l’artiste. Les socles font ainsi partie intégrante des oeuvres et suggèrent parfois du matériel scientifique.
      Céline Le Guillou a composé une discussion entre ses pièces, comme si un moyen de communication inconnu des oeuvres d’art préexistait. Elle considère ses formes comme un catalogue où elle vient piocher un vocabulaire ou une grammaire. Ses sculptures et ses peintures montrent l’intérieur des corps, ce qui est censé rester caché, et rappellent les travaux de dissection de la médecine et l’iconographie de « l’écorché », célèbre dans histoire de l’art depuis Rembrandt à Francis Bacon. Céline Le Guillou parle d’ailleurs de la céramique comme « une chair terrestre », évoquant le côté charnel et primordial de la matière. Les corps qu’elle façonne sont inclassables, à la fois attirants et repoussants. Elle se considère comme une « passeuse » entre une substance existante et une forme finale, l’oeuvre d’art. Le geste de l’artiste n’est qu’une étape naturelle dans l’ordre des choses. « Les forces heureuses », formule que Céline Le Guillou emprunte au philosophe Gaston Bachelard, s’apparentent à celles de la sculptrice britannique Barbara Hepworth qui recherchait une forme idéale et d’Henry Moore qui était parti en quête des mystères des formes. Le dispositif d’oeuvres présentées à Passerelle dévoile un processus de croissance naturelle millénaire, comme si les sculptures émergeaient seules ou étaient simplement accompagnées par l’artiste, devenant pour l’occasion
      obstétricienne, celle qui permet la naissance.

    • Passerelle Centre d’art contemporain
    • 2022
    • À fleur de peau

    • Exposition
    • https://www.artcontemporainbretagne.org/wp-content/uploads/cao_fei-scaled.jpg
    • 17.06.22 → 17.09.22
      Exposition
      Passerelle Centre d’art contemporain
    • Ali Cherri, Cao Fei, Cui Jie, LaToya Ruby Frazier, François-Xavier Gbré, Pauline Ghersi, Cecilia Granara, Tirdad Hashemi, Rayane Mcirdi, Marilou Poncin, Romane de Watteville, Chloe Wise

      À travers le regard de douze artistes, l’exposition « À fleur de peau » met en exergue les rapports entre la ville et ses habitant.e.s. Plus précisément, il s’agit d’observer comment l’architecture et l’urbanisme peuvent modifier et influencer nos comportements, nos corps et nos psychés. « À fleur de peau » ne cherche pas l’exhaustivité et l’impartialité et tente de dresser un panorama engagé et poétique de différentes approches artistiques.

      Les villes évoluent, s’étendent, se fragmentent, parfois elles s’éteignent. Les habitant.e.s sont directement concerné.e.s et l’expérimentent tous les jours. Ces impacts sont très différents suivant l’origine sociale et les moyens financiers de chacun.e.

      La « gentrification », l’un des processus de modification urbaine le plus connu, a reçu de nombreux échos récents dans la littérature, la sociologie ou encore l’urbanisme. Ce terme, issu de l’anglais, désigne les transformations de quartiers populaires engendrées par l’arrivée de classes sociales plus aisées qui réhabilitent des logements et importent des modes de vie et de consommation différents. Les plus pauvres et fragiles sont chassé.e.s plus ou moins violemment par le système des promoteurs ou tout simplement par la hausse des prix. Vivre dans un état d’incertitude, dans la conscience d’un départ inévitable, parfois dans des conditions d’insalubrité marque profondément les habitant.e.s de ces lieux. Les artistes Cao Fei (Chine, 1978) et François-Xavier Gbré (France, 1978) évoquent ce sujet par l’angle de l’absurde dans une mégapole chinoise pour l’une et par une méthode d’archivage du démantèlement d’un quartier précaire d’Abidjan pour l’autre. Rayane Mcirdi (France, 1993) capte des récits de vie et des conversations d’habitants dans le contexte de la mutation de la banlieue parisienne où les immeubles neufs remplacent les barres des années 1960.

      Industrie, flux automobile, chauffage modifient l’air et les sols des villes. Certaines immenses agglomérations sont connues pour baigner dans des nuages de pollution opaques et permanents, modifiant les climats locaux et intoxiquant les habitant.e.s, tout autant que la faune et la flore. Dans les photographies de LaToya Ruby Frazier (Etats-Unis, 1982), les corps sont malades, marqués par des empoisonnements générés par des aciéries environnantes à un quartier résidentiel.

      La guerre et ses destructions traumatisent durablement et profondément les esprits et les corps. Des bâtiments en ruines sont conservés comme lieu de mémoire tel le dôme de Genbaku au Japon devenu le mémorial de la paix d’Hiroshima à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Des quartiers de zones de conflits sont interdits et mortels tandis que d’autres sont fortifiés à l’image de la Zone verte de Bagdad en Irak où les dignitaires locaux et étrangers vivent coupé.e.s de la population. Ali Cherri (Liban, 1976) conte son enfance pendant la guerre civile où il lui était impossible de jouer ou se balader dans les rues devenues hostiles.

      De nombreuses thèses féministes étudient l’histoire des villes en regard de celle du patriarcat – l’autorité détenue par les hommes à l’exclusion des femmes. Les hommes sont célébrés dans l’espace public à travers des noms de rues, de bâtiments ou encore des statues et les femmes invisibilisées. Les hommes s’approprient la sphère publique, créant parfois des atmosphères de contrainte, et amènent à une peur, parfois inconsciente, de l’espace urbain marqué par des stratégies d’évitements afin d’éviter d’être importunée. En 2006, tel un symbole, la rappeuse Diam’s chantait « Y a comme un goût de viol quand je marche dans ma ville ». L’artiste Cecilia Granara (Arabie-Saoudite, 1991) exprime ce dégoût dans sa peinture qui témoigne de la colère silencieuse qu’elle accumule dans sa vie parisienne quotidienne.

      La ville est construite comme un réseau vivant en perpétuelle évolution. Elle porte en elle l’histoire de ses habitant.e.s telles des archives à ciel ouvert. De son côté, Pauline Ghersi (France, 1989) raconte l’histoire de quartiers et son appropriation par sa population dans une série de films. Marilou Poncin (France, 1992), elle, met en relation cartographie urbaine et radiographie des corps – la ligne de métro devient une artère battante. Chairs, esprits et rues se confondent au profit du collectif et du commun.

    • Passerelle Centre d’art contemporain
    • 2022
    • Les forces heureuses

    • Exposition
    • https://www.artcontemporainbretagne.org/wp-content/uploads/Cire-et-porcelaine-IV-2048x1536-1.jpg
    • 17.06.22 → 17.09.22
      Exposition
      Passerelle Centre d’art contemporain
    • Céline Le Guillou

      Céline Le Guillou (France, 1994) a pris part aux « Chantiers-résidence » pendant 3 mois, initiative portée par le centre d’art et Documents d’Artistes Bretagne. Le programme de résidence accueille chaque année deux artistes qui vivent en Bretagne ou sont diplômé.e.s d’une école de la région. Elaborée en étroite collaboration avec l’atelier de céramique de l’EESAB – site de Brest (Ecole Européenne Supérieure d’Art de Bretagne), l’exposition « Les forces heureuses » est le fruit du travail et des recherches menés par Céline Le Guillou pendant sa période brestoise.

      L’artiste s’est engagée dans une observation quasi-scientifique du corps et de l’organique, tout en demeurant dans le champ de la poésie. Elle a, par le passé, développé un corpus de peintures puis de sculptures et choisit d’augmenter ses compétences en céramique en étudiant récemment à l’Institut Européen des Arts Céramiques en Alsace. Forte de ce nouveau savoir-faire, elle a désiré élaborer son exposition autour d’une série de nouvelles sculptures, cuites à Brest. Elle a cherché à s’approprier l’espace en construisant un « dessin » en trois dimensions. Des formes molles, de textures différentes, se déploient sur un mobilier imaginé spécialement par l’artiste. Les socles font ainsi partie intégrante des œuvres et suggèrent parfois du matériel scientifique.

      Céline Le Guillou a composé une discussion entre ses pièces, comme si un moyen de communication inconnu des œuvres d’art préexistait. Elle considère ses formes comme un catalogue où elle vient piocher un vocabulaire ou une grammaire. Ses sculptures et ses peintures montrent l’intérieur des corps, ce qui est censé rester caché, et rappellent les travaux de dissection de la médecine et l’iconographie de « l’écorché », célèbre dans histoire de l’art depuis Rembrandt à Francis Bacon. Céline Le Guillou parle d’ailleurs de la céramique comme « une chair terrestre », évoquant le côté charnel et primordial de la matière. Les corps qu’elle façonne sont inclassables, à la fois attirants et repoussants. Elle se considère comme une « passeuse » entre une substance existante et une forme finale, l’œuvre d’art. Le geste de l’artiste n’est qu’une étape naturelle dans l’ordre des choses. « Les forces heureuses », formule que Céline Le Guillou emprunte au philosophe Gaston Bachelard, s’apparentent à celles de la sculptrice britannique Barbara Hepworth qui recherchait une forme idéale et d’Henry Moore qui était parti en quête des mystères des formes. Le dispositif d’œuvres présentées à Passerelle dévoile un processus de croissance naturelle millénaire, comme si les sculptures émergeaient seules ou étaient simplement accompagnées par l’artiste, devenant pour l’occasion obstétricienne, celle qui permet la naissance.

    • Passerelle Centre d’art contemporain
    • 2022
    • Twin Islands

    • Exposition
    • https://www.artcontemporainbretagne.org/wp-content/uploads/Violaine-Lochu_Twin-islands-diary_2022_1--scaled.jpg
    • 17.06.22 → 17.09.22
      Exposition
      Passerelle Centre d’art contemporain
    • Sara Bichão, Violaine Lochu

      Les deux artistes proposent le projet « Twin Islands », où se jouent les notions de parité, de réciprocité et d’échange. Le projet a tout d’abord pris la forme de deux résidences de création simultanées qui se sont déroulées sur un mois, au cours duquel Sara Bichão et Violaine Lochu ont inversé leur territoire d’origine : Sara Bichão a séjourné sur l’Île d’Ouessant, située à l’extrême ouest de la France, tandis que Violaine Lochu est allée sur l’île São Miguel aux Açores à l’ouest du Portugal.

      Au fil de cette expérience, qui articule fiction et quotidien, elles ont travaillé en « réflexion » l’une de l’autre. Chacune sur son île, elles cherchent à inventer des modes de communication à distance, jouant de la notion d’insularité. D’est en ouest, du nord au sud, leurs mouvements sur l’île pour sortir, se diriger, travailler, communiquer, s’effectuent selon un protocole précis, et selon la géographie de l’île, par l’intérieur (centre), les pourtours (côtes), l’extérieur (espace marin). Au fil de ces rituels, il s’agit pour chacune d’éprouver quotidiennement les mouvements de l’autre en miroir, dans l’espace et le temps insulaires, pour en traduire l’expérience au plus près.

      Au cours de ces deux résidences parallèles qui se sont déroulées en février – mars 2022, des objets visuels, sonores et performatifs à « communiquer » sont produits. Un premier moment de restitution publique et d’activation de ces objets se déroule à Passerelle Centre d’art contemporain à Brest. Le tournage de ces activations aboutit à une vidéo-performance qui sera exposée ensuite à Carpintarias de São Lázaro – Centro Cultural à Lisbonne, à partir du 1er sept. 2022. Lors d’une deuxième phase d’expositions et de performances, les artistes expérimenteront différents agencements du travail réalisé aux Açores et à Ouessant.

    • Documents d’Artistes Bretagne – ddabretagne.org
    • 2022
    • Whatever remains from the ghosts

    • Exposition
    • 18.02.22 → 14.05.22
      Exposition
      Documents d’Artistes Bretagne – ddabretagne.org
    • Durant près de 3 mois, Caroline Thiery (1997, France) a pris part au programme « Les chantiers-résidence » porté par Document d’Artistes Bretagne et Passerelle dans les murs du centre d’art. Il en résulte l’exposition « Whatever remains from the ghosts » [Tout ce qui reste des fantômes] qui inclut les œuvres réalisées sur place pendant le temps de la résidence.

      Les fantômes de Caroline Thiery nous sont connus et communs. Ils fabriquent le passé : sentiments vagues, souvenirs de conversations, chansons matraquées qui résonnent encore et encore dans les têtes, sourires fugaces dans les transports en commun et bien d’autres restes du quotidien. Partageant généreusement ses expériences, Caroline Thiery dresse une carte de nos rapports sociaux tant amoureux qu’amicaux, familiaux ou encore culturels. Elle traite en particulier notre recherche d’affection et d’amour, mis en tension par le désir ambivalent d’indépendance. Elle scrute les nouvelles méthodes de rencontres comme les applications de dating qui ont bouleversé la manière de « consommer » les relations. L’usage du numérique et d’internet, qui aboli toutes notions d’attente et de distance, a transformé les comportements de drague pour le meilleur et pour le pire : envoi de dick pics – des photographies de pénis – à des inconnu.e.s, usage de « disquettes » – des petites phrases censées être romantiques qui s’avèrent souvent lourdes voire grossières et autres nouveautés. Grâce au numérique, la recherche de relations amoureuses et de partenaires sexuel.le.s n’a jamais été aussi facilité pour la ou le candidat.e à la passion, caché.e derrière son écran de téléphone, planqué.e sous la couette, ou scrollant – faire défiler un contenu sur un écran informatique – assis dans les toilettes. Le titre de l’exposition évoque également le ghosting, une pratique, très répandue depuis l’avènement des sites de rencontre, consistant à mettre fin à une relation sans prévenir, en interrompant toute forme de communication.

      Au-delà des questions de cœur, Caroline Thiery s’interroge sur notre rapport à l’enfance et à l’adolescence, confectionnant divers talismans et objets totémiques qui forgent un potentiel passé, tels les « plaids fantômes » à motifs de chien, cigogne ou encore de paysage tropical, ornés de textes. Là où le monde adulte juge d’un mauvais œil certaines pratiques adolescentes telles les fanfictions – des récits dérivés de sagas littéraires, de films, de jeux ou de séries – ou l’attrait pour une musique pop considérée parfois comme kitch, Caroline Thiery décide de s’en emparer et de les ériger en symboles. Ainsi, elle réalise une sculpture en l’honneur de la chanteuse Priscilla qui a connu la célébrité dès ses 12 ans. Mettre en avant cette popstar française revient à réhabiliter cette culture dévalorisée d’un âge de transition que nous avons toutes et tous vécu et qui nous a façonné.

      Le texte tient une place essentielle dans l’exposition à la fois par des narrations rédigées par l’artiste, disponibles à la lecture dans les salles, mais aussi par la multiplication de phrases et de mots au sein même des œuvres. La culture du « mème internet » – un élément ou un phénomène repris et décliné en masse sur internet, souvent une image annotée – est une vaste source d’inspiration. Les mèmes, ce sont des punchlines, des slogans très contextuels qui nécessitent parfois des codes de compréhension pointus. Chez Caroline Thiery, ils prennent des formes originales, ils sont drôles, intimes, souvent universels. Les anecdotes et les récits, visuels ou écrits, que l’artiste déploie, s’entrecroisent sans réponses ; c’est au visiteur de créer sa propre histoire.

      INFORMATIONS SUPPLÉMENTAIRES

      • Le compte @Whatever_remains est créé pour l’occasion sur Instagram comme une extension de l’exposition.
      • En partenariat avec Passerelle, Centre d’art contemporain
        Dans le cadre du programme Les Chantiers | Résidence avec le soutien de Suravenir, filiale du Crédit Mutuel ARKEA
      • Vernissage le 17.02.22 à 18:00
    • Passerelle Centre d’art contemporain
    • 2022
    • I’m Here, I’m not Here

    • Exposition
    • https://www.artcontemporainbretagne.org/wp-content/uploads/CACP-2022-Hoda-Kashiha-018.jpg
    • 18.02.22 → 14.05.22
      Exposition
      Passerelle Centre d’art contemporain
    • Passerelle Centre d’art contemporain accueille l’artiste iranienne Hoda Kashiha (1986, Téhéran) pour sa première exposition monographique institutionnelle en Europe. Développant une peinture pop, oscillant entre un cubisme décomplexé et une veine cartoonesque, Hoda Kashiha assume une œuvre joyeuse au premier abord qui s’avère parfois grave, étrange, et pleine de second degré. Elle utilise souvent l’humour afin de créer un lien intime avec le visiteur ; ce mécanisme lui permet également d’évoquer des sujets forts et sensibles liés au contexte social et au climat politique de son pays natal. Ses peintures traitent néanmoins de grands sujets contemporains sans frontières tels que les questions de genre et de la place de la femme dans la société. Elle déclarait récemment dans Maake Magazine que « mes peintures ne sont pas conformes aux normes de genre. La signification du masculin et du féminin, ainsi que leurs rôles et comportements sont un concept fluide qui change constamment entre les personnages de mes peintures. ». Chez Hoda Kashiha, les protagonistes militent sans le dire, vivent de différences sans fard et demeurent résolument optimistes.

       

      Ses œuvres sont souvent construites comme des sortes de collages. Différentes couches se superposent, des formes découpées apparaissent tandis que des images sont modifiées par le dessin et l’ordinateur. Cette manière de fragmenter les motifs provoque un dynamisme et une vitalité débordante, comme si les toiles cherchaient à nous empoigner et nous secouer ; à l’instar de la première peinture du parcours barrée du texte « AAAaaa », une dispute visuelle si bruyante !

       

      L’exposition s’articule autour de deux importantes séries récentes : I’m Here, I’m not Here et In appreciation of Blinking. Dans I’m Here, I’m not Here [Je suis là, je ne suis pas là], Hoda Kashiha répète le même motif d’une jeune femme joyeuse jusqu’à l’épuisement. Dans chaque toile, le corps est recouvert d’une marque rouge, d’une forme noire ou est déformé. Cette série montre comment nous pouvons être effacés, exécutés ou censurés par un pouvoir et la mort. Elle interroge également notre capacité à croire en l’existence de quelque chose ou de quelqu’un : si nous ne sommes pas capables de voir, alors cette « chose » n’existe pas. Des peintures autoportées, In appreciation of Blinking [En reconnaissance de cligner des yeux], disposées au centre de l’espace d’exposition, fonctionnent d’une manière similaire. Pour cette installation de 8 toiles, Hoda Kashiha observe le phénomène inévitable du clignement des yeux. Alternant entre noirceur et monde coloré, elle capture des moments et des sentiments paradoxaux de notre quotidien : amour et mort, jalousie et plénitude ou encore torture et bonheur. Le regard, les yeux, la confrontation entre sujet et spectateur sont omniprésents dans ses œuvres, comme si ces dernières scrutaient et sondaient les visiteurs, ou comme si nous étions épiés en permanence dans le monde contemporain. Ne sommes-nous pas constamment suivi.e.s par nos téléphones, enregistrés par les GAFA – les géants du web ? L’univers digital et les réseaux sociaux sont d’ailleurs de grandes inspirations pour l’artiste : des images pixellisés de type rétrogaming côtoient des formes d’émoticônes – des petites représentations graphiques stylisées et symboliques d’une émotion. Avec son foisonnement de couleurs et de formes, Hoda Kashiha réussit un mélange détonant des genres où Picasso furète sur le jeu vidéo Minecraft et les normes du passé explosent gaiement.

    • Passerelle Centre d’art contemporain
    • 2022
    • L’invention d’une histoire vraie (2)

    • Exposition
    • https://www.artcontemporainbretagne.org/wp-content/uploads/CACP-2022-Eric-Tabuchi-Nelly-Monnier-052.jpg
    • 18.02.22 → 14.05.22
      Exposition
      Passerelle Centre d’art contemporain
    • L’exposition « L’invention d’une histoire vraie (2) » poursuit les pérégrinations de Nelly Monnier (1988, France) et d’Eric Tabuchi (1959, France) dans les campagnes françaises. Dans la continuité de leur récente exposition au centre d’art GwinZegal à Guingamp, le duo d’artistes présente une partie de leur Atlas des Régions Naturelles (ARN) et une série d’œuvres sculpturales et picturales qui en découlent.

      Tout commence avec une idée à la fois insensée et chronophage : photographier et documenter l’architecture vernaculaire dans l’intégralité des régions naturelles de France – une notion assez floue – depuis la Flandre française à l’Outre Forêt alsacienne, du Freto corse au Béarn et jusqu’au Léon finistérien. La tâche s’avère colossale, à mi-chemin entre une quête sortie d’une fiction d’Heroic Fantasy et une aventure saugrenue et drôle à la Monty Python. De leurs voyages, Monnier et Tabuchi ramènent des clichés très divers, s’attachant, en premier lieu à documenter le bâti, mais par extension à décortiquer les paysages et à comprendre l’incidence des humains sur leur habitat. Le duo photographie des paysages étonnants, des architectures étranges, des situations loufoques, des endroits de joie, ou encore des lieux tombés en désuétude. C’est un portrait multi-facettes de la France, tantôt touchant, parfois absurde, jamais jugeant, qu’ils réalisent durant leurs périples. Dans leur atelier, iels trient leurs photographies par géographie ou par thème. La démarche n’est pas sans rappeler celle de Bernd et Hilla Becher, un couple de photographes allemands connus pour leurs clichés frontaux d’architecture industrielle, ou celle de « La France » de Raymond Depardon qui documentait la France qui se modernisait, ou encore le travail de Walker Evans qui s’est distingué en portraiturant les Etats-Unis de la Grande Dépression de 1929 à la Seconde Guerre mondiale.

       

      Les camarades du centre d’art GwinZegal écrivaient très justement qu’à « l’ivresse de la vitesse de notre époque, Nelly Monnier et Eric Tabuchi opposent l’éloge de la lenteur et des petites routes. C’est dans une petite automobile, à vitesse réduite, qu’ils sillonnent discrètement le paysage, ponctuant cet atlas imaginaire d’innombrables arrêts. »

       

      À travers les œuvres de Monnier et Tabuchi, il n’y a pas de violence apparente mais elle se devine parfois sous-jacente. L’histoire récente de l’exode rural et des délocalisations se dessinent tout autant que des récits propres à chaque région. Les territoires français se révèlent dans toute leur pluralité architecturale : l’ardoise est marqueur des toits bretons tandis que les tuyés – de grand fumoirs – s’imposent dans le paysage du Haut-Doubs par exemple. L’exposition de Passerelle fait écho à son territoire, compilant essentiellement des images du Léon et du Trégor, rassemblant représentations de menhirs, de maraîchage, ou encore d’amers, parfois « augmentés » d’inscriptions depuis le désormais traditionnel « ACAB » au local « BZH Libre ». Une série de peintures et de collages introduit une certaine étrangeté au corpus plus documentaire des photographies, en tentant de tirer l’essence et l’âme des paysages visités par le duo. Ces peintures sont, d’une certaine manière, symboliques de la démarche qui est leur : in fine, le duo s’est lancé non pas dans un état des lieux de l’architecture hexagonale mais dans une épopée, dans une quête vaine et poétique d’un Graal immatériel – une histoire fictive de nos régions.

    • Passerelle Centre d’art contemporain
    • 2022
    • The Smoken Ridge

    • Exposition
    • https://www.artcontemporainbretagne.org/wp-content/uploads/CACP-2022-Alan-Fertil-014.jpg
    • 18.02.22 → 14.05.22
      Exposition
      Passerelle Centre d’art contemporain
    • L’exposition « The Smoken Ridge » est l’occasion de revenir sur l’œuvre graphique d’Alan Fertil (1982, Quimper – 2015, Bruxelles). Diplômé de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris, il a passé ses années de jeunesse et d’études entre la Bretagne, les Etats-Unis et l’Angleterre. À l’issue de son cursus, il s’installe à Berlin puis à Bruxelles en 2009 où il co-fonde le collectif « The Ister », une association, mêlant des artistes, des commissaires d’exposition et des travailleur.euse.s de l’art, qui a pour objectif de promouvoir la jeune création. Alan Fertil est alors connu pour son œuvre à quatre mains avec Damien Teixidor, s’intéressant au mobilier urbain, à la culture du skateboard et du bricolage. Le duo expose en France au MAMO – Centre d’art de la Cité Radieuse à Marseille, au centre d’art 40mcube à Rennes ou encore à Bruxelles à la MAAC, Maison d’Art Actuel des Chartreux. Alan Fertil développe, en parallèle, une pratique du dessin, jamais réellement exposée et largement inédite. Cette partie de son œuvre a fait l’objet d’une monographie intitulée « Alan Fertil, Drawings, Sketches and Notes », parue récemment aux éditions Zéro2 avec le soutien de la fondation Antoine de Galbert, de 40mcube et de Passerelle.

      Les allers-retours d’Alan Fertil entre pays anglophones et francophones, son goût pour la littérature, imprègnent ses œuvres dans lesquelles il intégrait de nombreux textes et mots, entre poésies, slogans ou réflexions. Tour à tour méthodiques et brouillons, ses travaux montrent la construction de l’espace qui nous entoure mais aussi un chaos en évolution. Ses dessins sont marqués par un usage du fusain et du graphite qui y confèrent une profondeur noire et obscure. On assiste à l’élaboration d’une cosmogonie inédite, la création d’un univers conçu dans l’esprit de l’artiste. La dernière série d’Alan Fertil s’intitule « Ether Triumph », évoquant tout autant la divinité primordiale grecque que le terme éther issu de la physique pré-Einstein (avant 1905). La définition de l’éther semble s’accorder avec les sentiments et les ambiances des dessins de l’artiste. En astronomie, il s’agissait du fluide subtil supposé remplir l’espace au-delà de l’atmosphère terrestre, tandis qu’en physique, l’éther était un milieu hypothétique extrêmement ténu et élastique, universellement répandu dans le vide comme dans la matière. Au sujet de cette série, Bitsy Knox écrit que « la matière vibre avec enthousiasme, circule et se contient à des échelles à la fois céleste et moléculaire. De grandes théories s’y déploient librement ; c’est la science sous l’emprise de l’intuition ».

       

      Le titre de l’exposition « The Smoken Ridge » [La crête enfumée] est emprunté à une œuvre de l’artiste. Elle évoque ses considérations inspirées de la science tout autant qu’un intérêt pour l’organique et le paysage. Si bon nombre de ses œuvres démontrent une abstraction totale puisqu’elles s’inspirent de l’espace et de l’astronomie, certaines se signalent par un ancrage plus prosaïque, plus dans « le réel », empruntant le vocabulaire de la botanique et de l’anatomie. Ainsi, des langues côtoient des mains inspirées de feuilles et des constructions rappellent le fameux Atomium de Bruxelles.

       

      Dans une note programmatique, Alan Fertil écrivait « Toutes les formes sont de valeurs égales, aucune ne mérite une attention particulière car aucune n’est indépendante des autres ».

    • Passerelle Centre d’art contemporain
    • 2022
    • Whatever remains from the ghosts

    • Exposition
    • https://www.artcontemporainbretagne.org/wp-content/uploads/CACP-2022-Caroline-Thieery-016.jpg
    • 18.02.22 → 14.05.22
      Exposition
      Passerelle Centre d’art contemporain
    • Durant près de 3 mois, Caroline Thiery (1997, France) a pris part au programme « Les chantiers-résidence » porté par Document d’Artistes Bretagne et Passerelle dans les murs du centre d’art. Il en résulte l’exposition « Whatever remains from the ghosts » [Tout ce qui reste des fantômes] qui inclut les œuvres réalisées sur place pendant le temps de la résidence.

       

      Les fantômes de Caroline Thiery nous sont connus et communs. Ils fabriquent le passé : sentiments vagues, souvenirs de conversations, chansons matraquées qui résonnent encore et encore dans les têtes, sourires fugaces dans les transports en commun et bien d’autres restes du quotidien. Partageant généreusement ses expériences, Caroline Thiery dresse une carte de nos rapports sociaux tant amoureux qu’amicaux, familiaux ou encore culturels. Elle traite en particulier notre recherche d’affection et d’amour, mis en tension par le désir ambivalent d’indépendance. Elle scrute les nouvelles méthodes de rencontres comme les applications de dating qui ont bouleversé la manière de « consommer » les relations. L’usage du numérique et d’internet, qui aboli toutes notions d’attente et de distance, a transformé les comportements de drague pour le meilleur et pour le pire : envoi de dick pics – des photographies de pénis – à des inconnu.e.s, usage de « disquettes » – des petites phrases censées être romantiques qui s’avèrent souvent lourdes voire grossières et autres nouveautés. Grâce au numérique, la recherche de relations amoureuses et de partenaires sexuel.le.s n’a jamais été aussi facilité pour la ou le candidat.e à la passion, caché.e derrière son écran de téléphone, planqué.e sous la couette, ou scrollant – faire défiler un contenu sur un écran informatique – assis dans les toilettes. Le titre de l’exposition évoque également le ghosting, une pratique, très répandue depuis l’avènement des sites de rencontre, consistant à mettre fin à une relation sans prévenir, en interrompant toute forme de communication.

       

      Au-delà des questions de cœur, Caroline Thiery s’interroge sur notre rapport à l’enfance et à l’adolescence, confectionnant divers talismans et objets totémiques qui forgent un potentiel passé, tels les « plaids fantômes » à motifs de chien, cigogne ou encore de paysage tropical, ornés de textes. Là où le monde adulte juge d’un mauvais œil certaines pratiques adolescentes telles les fanfictions – des récits dérivés de sagas littéraires, de films, de jeux ou de séries – ou l’attrait pour une musique pop considérée parfois comme kitch, Caroline Thiery décide de s’en emparer et de les ériger en symboles. Ainsi, elle réalise une sculpture en l’honneur de la chanteuse Priscilla qui a connu la célébrité dès ses 12 ans. Mettre en avant cette popstar française revient à réhabiliter cette culture dévalorisée d’un âge de transition que nous avons toutes et tous vécu et qui nous a façonné.

       

      Le texte tient une place essentielle dans l’exposition à la fois par des narrations rédigées par l’artiste, disponibles à la lecture dans les salles, mais aussi par la multiplication de phrases et de mots au sein même des œuvres. La culture du « mème internet » – un élément ou un phénomène repris et décliné en masse sur internet, souvent une image annotée – est une vaste source d’inspiration. Les mèmes, ce sont des punchlines, des slogans très contextuels qui nécessitent parfois des codes de compréhension pointus. Chez Caroline Thiery, ils prennent des formes originales, ils sont drôles, intimes, souvent universels. Les anecdotes et les récits, visuels ou écrits, que l’artiste déploie, s’entrecroisent sans réponses ; c’est au visiteur de créer sa propre histoire.