Brest (29200)

Informations Pratiques

Passerelle Centre d’art contemporain

Exposition

05.10.19 → 04.01.20
Anna Solal, Le jardin

ANNA SOLAL

Les œuvres d’Anna Solal mettent en jeu un système de figuration quasi-primitif. Ou plus exactement : primordial. C’est-à-dire qu’ils remettent à plat toutes les catégories intrinsèques qui d’ordinaire appareillent notre regard, fondamentalement orientées par le rapport au réel. Tout le système artistique occidental, ses mythes fondateurs, ses développements et son armature conceptuelle, repose sur une perpétuelle oscillation entre ces deux pôles extrêmes que sont le réalisme et l’abstraction. A ce système, Anna Solal n’oppose pas une différence de degré, mais bel et bien de nature. Elle s’en extirpe. Si ces assemblages paraissent primitifs ou primordiaux, c’est qu’on ne peut dès lors les appréhender selon les coordonnées usuelles, pour la simple raison qu’ils font appel à une troisième catégorie encore : ni réalistes, ni abstraits, ils sont réels. Réels, au sens où leur processus de fabrication procède de l’espace-temps situé qui est celui de l’artiste, de sa position au sein d’une géographie, d’une organisation socio-économique et de symboles intégrés à l’imaginaire collectif.

À ce titre, les assemblages et les dessins d’Anna Solal, ainsi que leur recontextualisation en installations au fil de chaque exposition, se lisent comme autant d’infra-mondes adhérant à la méthodologie des « savoirs situés ». Née en 1988, l’artiste, aujourd’hui basée en proche banlieue parisienne, se fait connaître par des assemblages qu’elle réalise à partir de matériaux urbains vernaculaires – des déchets, donc -, trouvés ou sourcés dans des circuits locaux et informels. Ecrans de smartphone brisés, semelles de chaussures de foot, rasoirs jetables, chaînes de vélo et divers bouts de ficelle et autres parties de métal, plastique et tissus sont manuellement cousus ou noués ensemble. Ils recomposent alors des horloges, des cerf-volants ou des hirondelles. Une manière, explique-t-elle, d’entrer le moins possible en relation de domination avec les matériaux.

À Passerelle, l’artiste se concentre sur l’espace du jardin. Les hirondelles s’y retrouvent, indice de l’impossibilité d’échapper au dehors, à ces matériaux déclassés de la rue, et à travers eux, à l’emprise totale qu’exerce sur chaque être humain, même chez lui, même dans ces lieux censément privés, d’un système où la dématérialisation permise par les technologies de communication pénètre les murs, informe les chairs et propulse le local dans l’échelle globale.

Texte (extrait) : Ingrid Luquet-Gad
Commissaire de l’exposition : Etienne Bernard

INFORMATIONS SUPPLÉMENTAIRES

  • Vernissage le 04.10.19 à 18h